En examinant les étapes à travers lesquelles se développe cette réaction, on peut mieux en identifier les pièges et les tournants cruciaux. Cette connaissance peut nous aider à mettre le frein au moment approprié et à s'occuper des vraies questions qu'Internet nous aurait permis d'éluder.
L'émerveillement initial
Il est probable que toutes les personnes qui découvrent Internet deviennent "accrochées" au début. Bien sûr, ceux qui ne sont pas confortables avec les ordinateurs, ceux qui ne savent pas lire ou écrire, ceux qui souffrent de cécité, etc. peuvent être arrêtés dès le départ par ces obstacles. Mais ceux d'entre eux qui les surmontent vivent les mêmes étapes que les autres.
Découvrir Internet, c'est souvent l'équivalent de l'expérience de l'enfant qui découvre un grand magasin de jouets ou de friandises. Une source d'émerveillement tellement considérable qu'on n'arrive même pas à en déceler les limites. La plupart du temps, c'est la section des pages Web qui a cet effet initial.
On découvre une abondance tellement considérable qu'elle dépasse tout ce que notre désir aurait pu imaginer. Il y a de quoi s'exciter! C'est effectivement ce qui se passe: l'internaute néophyte explore dans toutes les directions à la fois, il clique sur tout ce qui bouge, il se perd dans les dédales des liens qui ont capté sa souris et devient souvent fébrile, oubliant parfois de manger ou de dormir. On peut considérer que cet engouement n'est qu'une réaction normale.La découverte d'une section privilégiée
Rapidement, cet émerveillement global fait place à des découvertes encore plus importantes. Pour une personne ce sont les jeux interactifs, pour une autre la découverte du Palace, pour une troisième, la puissance des outils de recherche sur le Web, pour d'autres les forums et les listes de discussion... Chacun découvre un univers adapté à ses besoins, mais dont la mesure dépasse largement celle de son désir. Chacun peut se créer un nouvel univers à sa mesure, mieux adapté à ses besoins que sa propre vie "réelle".
L'engouement initial prend alors une forme différente: l'internaute devient spécialiste. Il choisit ce qui lui convient et n'utilise le reste que de façon très occasionnelle. Chaque internaute développe cette concentration d'intérêt et d'activité après une période assez brève d'exploration générale. Il a tendance à la maintenir, même lors des étapes suivantes.
L'engouement initial n'avait rien d'alarmant parce qu'il correspondait à une réaction d'enthousiasme normal. Une passion aussi forte au moment de la deuxième phase n'est pas tellement plus grave, même si l'entourage s'y oppose plus souvent. Il s'agit encore de passion et non de compulsion. La personne utilise Internet pour ajouter du plaisir et de la satisfaction à sa vie. Elle le fait avec un certain excès parce qu'il s'agit d'une activité nouvelle et non parce qu'elle a développé un nouveau "besoin".
Si l'entourage insiste pour que le temps consacré à Internet diminue, on peut voir l'internaute avoir recours à des tactiques qui ont fait penser à une "dépendance". Il peut mentir sur le temps qu'il y passe, prétendre qu'il n'arrive pas à se contrôler, fuir les conflits familiaux en se réfugiant dans son écran, avouer qu'il y passe trop de temps, se sentir plus proche de ses amis sur ICQ que de ses proches, etc. Que ses contacts sur Internet deviennent alors plus satisfaisants et sexuellement plus excitants que ceux de sa vie hors-ligne n'a rien d'étonnant car ses relations "virtuelles" échappent à cette bataille.
On se retrouve alors dans une situation dangereuse qui peut facilement, si les conditions sont propices, conduire à des problèmes sérieux. C'est dans la façon dont se déroule la troisième étape qu'on voit si Internet sera au service de la personne ou l'inverse.
De nouvelles habitudes
C'est lors de cette troisième phase qu'on prend une "vitesse de croisière" dans l'usage d'Internet. On intègre cet instrument et les "tâches" qui en font partie à sa vie normale. L'horaire est modifié et de nouvelles habitudes s'installent.
L'enthousiasme initial s'estompe pour faire place à une familiarité et à une aisance empreintes de sérénité. On développe aussi de nouveaux réflexes: chercher sur Internet la réponse à une question plutôt que de se rendre à la bibliothèque ou que de demander à un ami, expédier un courriel plutôt que de téléphoner, explorer le Web au lieu de regarder la TV.
C'est alors que la passion et ses excès sont remplacés par l'usage clairement orienté. Le temps passé en ligne diminue sensiblement. Finie la fébrilité du début: elle fait place à la sécurité et à la centration. La personne sait ce qu'elle recherche et connaît les moyens de le trouver assez efficacement. Elle se laisse plus rarement distraire par les embranchements secondaires ou par la publicité qui est présentée sur les sites (ce que déplorent vivement les spécialistes du marketing).
Mais il arrive aussi que la troisième étape prenne une autre forme. Au lieu d'être une nouvelle activité qui trouve sa place dans un ensemble (la vie de la personne), Internet accapare parfois le centre de cet ensemble. Le temps qui y est consacré augmente au lieu de diminuer, l'importance qu'on y accorde continue de croître. C'est alors qu'il faut s'inquiéter.